Du paradoxe Socratique à la libération totale de sa rancœur

Platon[1], un des fervents disciples de Socrate[2], affirme que connaitre le bien veut dire faire le bien. Cette affirmation est, sans doute, écho fidèle du paradoxe Socratique quant à son enseignement éthique. Dans le domaine de l’éthique, on appelle « paradoxes socratiques » un certain nombre de points de vue défendus par Socrate et allant à l’encontre de l’opinion communément admise. Quelles sont ces fameux paradoxes et surtout comment peuvent-ils paver le chemin à la libération totale de sa rancœur ? Les réponses à ces questions, que nous allons donner dans la suite de cet article nous donneront, sans doute, une bonne compréhension d’une liaison très étroite entre les paradoxes socratiques et la redécouverte de soi. D’où un début du processus de libération.

1. Du Paradoxe Socratique à la redécouverte de soi à travers la méditation

Le plus célèbre des paradoxes Socratiques  est celui selon lequel la vertu est une science. Selon l’opinion répandue chez les Grecs, la vertu était un don naturel ou divin, ou encore pouvait s’acquérir au moyen de l’exercice[3]. Mais pour Socrate, la vertu est une connaissance,  c’est-à-dire que savoir ce qu’est la vertu est suffisant pour être vertueux et à l’inverse que pour être vertueux, il est nécessaire de savoir ce qu’est la vertu.

Si Socrate affirme ainsi que «Nul ne fait le mal volontairement, et que l’Homme fait le mal par ignorance »[4], cela ne veut pas du tout dire l’ignorance du mal. Il est très facile de connaitre le mal. Aucune personne sensée ne va pas dire qu’elle ignore que tuer, voler ou infliger l’un ou l’autre mal à son prochain est mauvais. L’instinct suffit lui-même pour apprécier ce qui est mal.  Le paradoxe Socratique fait plutôt référence à l’ignorance du bien.

Selon Platon, disciple fidèle de cette opinion socratique, la vertu suprême consiste dans le détachement du  monde sensible et des biens extérieurs pour aller vers la contemplation des idées et  spécialement l’idée du bien et enfin dans l’effort pour réaliser cette idéale de perfection qui est le bien.[5]  En d’autres termes, la connaissance du bien requiert, selon nos deux fameux Philosophes, un authentique détachement des distractions du monde physique autour de soi qui constituent de sérieux obstacles à la découverte du BIEN idéal.  C’est dans ce processus même que l’esprit, dans son effort de se détacher de ces distractions et des impulsions particulières, amène le sujet à se redécouvrir  soi-même et à découvrir enfin « le bien » idéal.

On peut ainsi équivaloir ce processus à la méditation qui, tout comme dans la théorie platonicienne du détachement du monde sensible à la contemplation  du bien dans le monde des idées, ramène l’esprit de son vagabondage vers le centre du corps. Notre esprit, de part sa nature même, se préoccupe de toute chose dans un laps de temps. Il  s’inquiète du futur, des échecs du passé, des mémoires agréables et/ou désagréable etc.  Ce que nous faisons au fait pendant la méditation, c’est  éduquer l’esprit à se concentrer sur une seule chose à la fois, et qu’il se repose au centre qui est d’ailleurs  sa demeure naturelle. C’est alors dans ce centre que l’esprit peut être tranquille et la personne pourra ainsi être en communion avec soi-même et par la suite découvrir le bien à faire.

 2. Paradoxe Socratique à la source du pouvoir de pardonner  

Si Nul ne fait le mal volontairement, selon le paradoxe Socratique, et que garder sa rancœur est un mal, alors quiconque garde  sa rancœur ignore le bien, les vraies récompenses du pardon. Autrement dit, d’après cette simple logique, la personne qui n’arrive pas à pardonner dérape de ce qu’il/elle appelle le bien. A ce stade du non pardon, le bien semble être plutôt continuer à nourrir sa rancœur.

«Ma femme et moi imaginions que la mort de l’assassin de notre fils nous rendrait nos nuits de sommeil. Or cela n’a rien changé. Ça nous a seulement donné de la compassion pour ses parents qui perdaient leur fils, comme nous. C’était il y a cinq ans et je commence à réaliser que je ne serai en paix que lorsque j’aurai pardonné : à celui qui a tiré sur mon fils, au chirurgien qui ne l’a pas sauvé et à Dieu qui a laissé faire. Mais surtout, et seulement, quand je me serais pardonné, à moi-même, de ne pas avoir été celui qui a reçu la balle fatale (…)» Témoignage d’un jeune couple qui a préféré garder l’anonymat  

Nous devons l’avouer, dépendamment de la profondeur de la blessure,  le pardon n’est pas du tout une chose facile, voir même impossible pour certains. C’est dans son effort de sa rencontre et de communion avec soi-même que l’esprit découvre enfin le bien idéale et de là y trouve son plein pouvoir du pardon. Cela peut être réalisé à travers une introspection en 10 étapes proposées par Fabrice Renault[6].

3. Du pardon à la libération totale de sa rancœur et de son esprit

«Pardonner c’est libérer un prisonnier et découvrir que ce prisonnier était toi» Lewis Smedes (Traduit de l’Anglais).

La rancœur et tous les sentiments de vengeance y associés constituent, sans doute, un obstacle à la paix et à la joie de vivre. De tels sentiments négatifs iront  même plus loin jusqu’à souiller l’esprit quitte à ce qu’il n’ait plus la capacité de percevoir le monde tel qu’il est. Il est à ce moment comparable à de lunettes teintées de saletés qui, à travers lesquelles, il est impossible de percevoir  clairement les choses. Une fois qu’on est parvenu à pardonner, l’esprit regagne sa pleine habileté parce qu’il n’a plus de souillures qui constituaient son obstacle. Il est libéré de sa prison. Bien évidemment, une personne libre peut faire beaucoup plus de choses qu’un prisonnier. De même, l’esprit libéré est créatif et innovant parce qu’il est focalisé. De plus, la libération totale de sa rancœur redonne à l’esprit ainsi libéré, sa tranquillité et sa joie de vivre.

Il n’est pas facile de pardonner son offenseur. La blessure peut être beaucoup profonde qu’il semble même impossible pour certains à se libérer totalement de sa rancœur. Pourtant, il n’est pas impossible; ça demande seulement de prendre une décision radicale à aller à la rencontre de soi pour découvrir le bien à faire et cela à travers la méditation et l’introspection.

[1] Platon,  philosophe grec de l’antiquité (vers. 428-347 av. J.-C.)

[2] Socrate  Philosophe Grec de l’antiquité (vers. 470-v. 399 av. J.-C.), dit créateur de la philosophie occidentale

[3] Voir : Platon, Lachès, 194d, Gorgias, 460b-c, Protagoras, 349d – 361b, Hippias mineur, 375d-e, République, livre I, 350d

[4] Platon, Criton, 49 c-d. Trad. E. Chambry

[5] Louis-André Dorion, « Socrate et l’utilité de l’amitié », Revue du MAUSS, 1/2006, no 27, Pp. 76-77

[6] Renault Fabrice, dans https://www.mieux-vivre-autrement.com/dix-etapes-pour-pardonner-vraiment-et-se-liberer.html